Pourquoi ce sont toujours les méchants qui gagnent ?

Bien sûr que c’est beaucoup trop simpliste, limite dangereux, de se poser la question en ces termes. Il n’empêche que je ne suis sans doute pas seul à ressentir les sentiments qui m’ont amené à la formuler ainsi. Les mauvaises nouvelles politiques s’accumulent et nous commençons à ressentir un mélange de peur, déception, impuissance, parfois désespoir. Qui nous ? Nous, nombreux en fait, qui croyons que chaque être humain compte, que notre intérêt personnel ne justifie pas tout, que l’autre n’est pas immédiatement un ennemi, que la résolution des conflits ne passe pas uniquement par la destruction de l’adversaire. Nous autres, humanistes.

Nous constatons avec sidération le succès croissant de mouvements au discours identitariste et violent. Ces victoires électorales sont le reflet de crises de confiance aussi bien globales qu’internes aux sociétés. Et ce durcissement des scènes politiques nationales est d’autant plus inquiétant qu’il accentuera sans doute le cercle vicieux qui l’a généré. Ainsi, la brutalisation des sociétés s’inscrit dans un climat général de division, de confusion et de violence, dans contexte de crises qui se nourrissent les unes les autres :

  • une économie globale caractérisée par des taux de chômage impressionnants, des inégalités extrêmes et des dettes souveraines qui mettent en difficulté la légitimité des États ;
  • un mode de production et de consommation qui constitue un danger pour l’écosystème nécessaire à l’humanité ;
  • un contexte international marqué par des guerres locales meurtrières, causée ou aggravées par l’implication de grandes puissances divisées entre elles ;
  • des mouvements migratoires importants – le plus souvent liés aux crises précédentes – qui, en raison de politiques presque seulement répressives, génèrent des situations humaines tragiques, voire mortelles.

J’emploie le mot sidération à dessein. Chaque coup que nous recevons augmente notre sentiment d’impuissance face à l’insupportable. Que l’on continue à agir de la même façon qu’avant, que l’on se réfugie dans nos tergiversations théoriques, que l’on se replie vers les gens qui pensent comme nous, ou que l’on abandonne carrément tout, le résultat est le même : nous sommes dans un état de prostration, incapables de lutter efficacement.

Les crises que je viens de mentionner ont de nombreuses explications et il ne s’agit pas de les lister ici de façon exhaustive. Intéressons-nous plutôt à notre propre impuissance. Pourquoi perdons-nous sans cesse du terrain ? Les causes sont-elles seulement externes ou en sommes-nous aussi en partie responsables ? Nous qui souhaitons combattre la violence identitaire, ne sommes-nous pas également victimes de notre propre clanisme ?

C’est en effet un paradoxe des mouvements ou personnes humanistes : nous nous opposons à l’égoïsme identitaire, à la fermeture d’esprit, au conformisme et à la violence qui caractérisent l’extrême-droite, alors que nous ne sommes pas non plus immaculés de tout clanisme. Nous avons tendance à nous regrouper entre nous, à nous imiter mutuellement, à ne pas tolérer les écarts de pensée au sein des groupes, à mépriser les gens qui ne partagent a priori pas nos valeurs. Cette incohérence pose un problème éthique, mais – surtout – contribue à notre faiblesse stratégique. Nous nous engonçons dans nos coutumes et nos dogmes, ce qui limite notre créativité. Au lieu de nous unir, nous avons tendance à nous diviser sur la base de désaccords de chapelle. Nous nous rassurons en fréquentant des gens comme nous et nous étonnons ensuite du résultat des votations : à vrai dire, nous ne connaissons pas vraiment les personnes que nous devrions convaincre pour gagner à nouveau, nous ne comprenons plus leurs préoccupations, leurs problèmes. Enfin, la façon hautaine que nous avons de nous moquer de l’inculture de nos adversaires ne fait que les renforcer dans leur propre identité et leur volonté de revanche.

Nous devons impérativement vaincre la violence identitaire qui gangrène nos démocraties. De toute urgence. Nous n’avons simplement pas le droit de perdre. Il est donc impératif que nous nous remettions en question. Combattons le clanisme de l’extrême-droite en questionnant nos propres tendances claniques.

Voici donc les buts de ce site:

  • proposer un discours humaniste qui permette de rapprocher les êtres humains et rappeler – dans la confusion actuelle – les valeurs que nous avons en commun ;
  • remettre en question nos propres croyances, dogmes et coutumes en questionnant leur cohérence avec les valeurs humanistes ;
  • diffuser ce discours le plus largement possible en le rendant à la fois incluant et simple à comprendre.

Ce discours humaniste que nous proposons de présenter au cours des prochaines semaines devrait permettre :

  • de s’opposer aux différentes formes de clanisme en affirmant la valeur intrinsèque de chaque humain ;
  • de rappeler les principes fondateurs de nos démocraties menacées par la violence identitaire;
  • de s’opposer aux excès brutaux d’un certain discours néolibéral (≠ libéral) en y opposant les valeurs libérales qui découlent de l’humanisme

Yoann Pfluger

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